Si je vous dis « passeport », à quoi pensez-vous ? 

La plupart d’entre nous répondront : voyage, vacances, évasion, dépaysement… Liberté ! 

Mais cette association d’idées nous vient du fait que nous possédons un passeport rouge ou bleu, un passeport puissant ! De notre côté du monde, le niveau de vie est élevé et les avancées technologiques en matière de transport permettent de nous déplacer rapidement à des prix abordables. Des infrastructures de tourisme peuvent nous accueillir lors de nos voyages. Nous avons en plus les moyens de payer des locations et des activités sur place.

Pour toutes ces raisons, passeport rime avec liberté en Occident. Mais vous savez que cela n’est pas le cas partout… 

En Afrique, en Amérique latine, en Asie et ailleurs dans le monde, passeport rime avec prison et immobilité forcée. C’est justement parce qu’un africain ne possède pas un passeport européen qu’il ne pourra pas se rendre sur le vieux continent ou ailleurs. Nous sommes conditionnés pour trouver cet état de fait « normal ». Mais est-ce vraiment « normal » ? Réfléchissez-y un instant. Le passeport n’est pas un instrument au service de nos libertés, il est en fait un outil de domination. Il permet aux États de dire qui est un « étranger » et qui est un « citoyen ». Le passeport est donc aussi un outil de discrimination. Il rend possible l’ordre mondial nationaliste et permet aux États de surveiller les mouvements de population. De les restreindre… ou de les empêcher. Tant que l’on est gratifié de la bonne couleur de passeport -ou que nos privilèges nous permettent un visa… – alors on ne se pose pas la question de la réelle utilité du passeport. On l’utilise. On n’interroge pas ce qu’il sert, la philosophie sous-jacente, n’est-ce pas ? Puisqu’il nous permet de la liberté ! Mais justement, est-ce qu’un passeport nous permet de la liberté ? 

Si les passeports n’existaient pas, chacun serait libre de se déplacer où bon lui semble. Ce sont les passeports qui fabriquent les étrangers et installent les frontières nationales. Allons plus loin encore…

Historiquement, les passeports ou autres documents d’identité étaient une obligation seulement pour les mendiants, les pauvres, les nomades ou les vagabonds. Les États ont toujours cherché à encadrer les populations mobiles. Cette liberté est une menace pour les autorités publiques. L’État est par nature soupçonneux envers les personnes marginales, qui ne dépendent pas d’un patron, qui ne sont pas fixées sur un lieu pour lequel elles paient des impôts, qui ne se sentent pas appartenir à un territoire au point de s’engager dans une armée et se battre pour lui… Bref, les populations qui échappent au nationalisme et à la domination étatique. Alors, pour les contraindre, les surveiller et limiter la liberté de se mouvoir de ces populations, on leur a imposé… un passeport ! Aussi, quand au XXème siècle l’obligation de porter des papiers d’identité s’est imposée peu à peu au reste de la population, les gens ne comprenaient pas pourquoi le passeport s’étendaient à eux. Après tout, le passeport ce n’est que pour les étrangers et les vagabonds, non ? 

Un siècle plus tard, nous trouvons tous « normal » d’être limité dans nos mouvements par un document qui informe les forces de police de notre identité et de notre droit de nous déplacer… Nous trouvons aussi « normal » que certaines populations soient interdites de se déplacer parce qu’elles n’appartiennent pas à la communauté nationale. Notre naissance nous donne des privilèges que nous ne sommes pas prêts à partager… Et tant pis si des personnes meurent dans la mer en essayant de vivre aussi bien que nous ! Elles n’avaient qu’à avoir un passeport aussi joli que le nôtre ! 

Aujourd’hui, on nous impose un nouveau type de passeport. Cette fois, l’État ne cherche pas à contrôler notre identité pour surveiller et limiter nos mouvements. Il souhaite contrôler notre état de santé pour s’assurer que tout va bien pour nous… Vraiment ? Et si un enjeu d’une autre nature se jouait derrière ce nouvel outil coercitif ? 

 

Pour aller plus loin avec des livres :

  • Abdellali Hajjat, Les frontières de l'”identité nationale”: L’injonction à l’assimilation en France métropolitaine et coloniale, La Découverte, 2012
  • Nicolas Fisher, Camille Hamidi, Les politiques migratoires, La Découverte, 2016

 

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