Réponse à la question : “Je crains qu’on maltraite et endoctrine mes enfants à l’école parce qu’ils sont musulmans”

Ce que je vois dans les écoles publiques autour de chez moi, c’est des dizaines de sœurs, toutes en hijab/ jilbab, qui attendent leurs enfants à la sortie en discutant gaiement. Des poussettes à 700€, des baskets à 150€, des gâteaux pour les enfants des groupes Nestlé et Mondelez etc… Souvent, dans une classe, il y a 80% d’enfants issus de l’immigration africaine et 3-4 Portugais, 1 Polonais… Alors j’ai une seule question :

Comment on peut être SI NOMBREUX dans les écoles et pourtant n’avoir aucun poids au point de « craindre pour nos enfants » ??

Vous croyez vraiment que c’est à l’école que nos enfants ont entendu parler des mouvements LGBT, du Rap etc ? C’est plutôt dans les téléphones qu’on met entre leurs mains nous-mêmes et dans les séries qu’on les laisse consommer sans surveillance.

J’ai grandi en banlieue parisienne, j’étais au collège en école publique y’a pas encore si longtemps… Ce n’était pas les profs qui montraient des images pornographiques aux enfants. C’etait les enfants qui ramenaient ça dans leurs poches, qui se retrouvaient après l’école pour regarder des images obcènes et traumatisantes et qui parlaient de leurs parties intimes toute la journée, de « sortir » avec « ma meuf », « mon mec ». La majorité de ces enfants étaient d’origine africaine et née en France.

Alors franchement… Avant de m’intéresser aux méfaits de Marlène Schiappa ou je ne sais qui d’autre dans quel ministère, je préfère m’intéresser à la vie dans mon quartier. C’est à nous d’éduquer nos enfants et de surveiller ce qui se passe dans nos écoles. J’ai été à l’école publique et je ne suis pas devenue une perverse dégénérée Al hamdoulilah.

Parmi mes profs, des gens sympas, aux valeurs traditionnelles ou juste professionnels, intéressés par la réussite de ceux qui voulaient travailler et lassés des éléments perturbateurs et des parents démissionnaires. C’est à cause de ces deux derniers facteurs que mes parents m’ont inscrite à l’école privée ensuite.

Que ce soit dans le public ou dans le privé, il y avait des histoires « de moeurs », il y avait une ambiance douteuse qui aurait pu nous influencer, mes sœurs et moi… Mais nos parents ont veillé au grain. Ils étaient là, ils surveillaient ce qu’on ramenaient dans nos poches et dans nos têtes de l’extérieur. Ils surveillaient nos fréquentations. Ils surveillaient les portables. Nous n’avions pas le droit de traîner dehors. Tous les week-end nous étions à la mosquée et très souvent nous étions en Algérie, en famille.

Je veux bien entendre qu’aujourd’hui, c’est pire qu’avant, qu’on diffuse la propagande LGBT dans les écoles. Que les enfants sont devenus sauvages et violents, qu’il y a du harcèlement etc. C’est sûrement vrai. Mais peut-être faut-il se demander quelle est notre part de responsabilité dans cette dégénérescence de l’école publique et de l’éducation que reçoivent les jeunes en France. Comment en est-on arrivé à craindre carrément pour la sécurité de nos enfants ??

Peut-être avons-nous été trop absents depuis 60 ans que les Musulmans sont présents en nombre en France ? J’ai tendance à me montrer plus radicale et j’ai déjà utilisé l’expression “loosers”, peut-être avons-nous été des loosers depuis 60 ans ? Certains me reprochent cette sévérité et se montrent plus modérés avec l’héritage légué par les premières générations de Musulmans en France, nos anciens auraient fait ce qu’ils pouvaient selon les circonstances qui étaient les leurs, soit ! Toutefois, à mon sens, il n’en demeure pas moins vrai que la communauté  musulmane en France a souffert d’un grave défaut de vision pendant trop longtemps.

On a eu, au niveau communautaire, aucun projet pour l’avenir des enfants en France. Et là on arrive en 2024 et on pleure.

 

« Ma fille est pubère et ne peut pas porter le hijab à l’école. »

Oui, c’est interdit depuis 2004.

Qu’est-ce qu’on faisait en 2004 pour défendre nos droits, pour résister aux attaques ? Comment on s’est débrouillé pour défendre nos filles ? Nos femmes ? Des pétitions et des manifestations ? Des lettres aux députés ? De la boulitique.

Résultat 20 ans plus tard : même porter une robe « abaya » avec les cheveux apparents est interdit.

 

C’est simple, selon ma lecture, on paie la facture. Ça fait 60 ans qu’on est en France et qu’on accepte notre condition de citoyen de seconde zone et on refuse de se projeter ici. La preuve aujourd’hui, alors que l’étaut se ressere et que l’islamophobie est décomplexée, mêmes ceux qui sont nés en France et ne parlent pas un mot de darija disent qu’ils vont rentrer dans leur pays, faire Hijra etc.

Évidemment y’a eu des mouvements de résistance mais la méthode n’était pas bonne, hélas.

Il y a eu la frange des Musulmans de gauche : la « Marche des Beurs », « SOS Racisme», « Touche pas à mon pote » etc.

Il y a eu la frange Islam moderniste, dans le sillage Tariq Ramadan.

Il y a eu aussi la daawa salafiya, détachée de la société donc inutile voire contre-productive pour porter un projet culturel.

 

Mon ton est certes sévère mais en réalité toutes ces étapes font partie de notre cheminement et il faut les accepter, porter un regard critique dessus et continuer d’avancer.

La situation est effectivement grave en France pour les Musulmans et cela s’explique d’une part par les assauts républicano-sionistes contre les Musulmans, par la faillite du système économique et social qui pousse la société à se choisir un bouc-émissaire (les Musulmans) et, d’autre part, par notre incapacité à trouver notre place dans la société française, défendre nos droits et porter un projet.

 

Crédit image d’illustration : Mères accompagnant des enfants (Montpellier, 2019)

© Maxppp – Jean-Michel Mart
Mes sincères remerciements à ma chère Leila pour la retranscription de cette story publiée sur Instagram le 7 mai 2024