Au matin du 11 septembre 2020, j’allais, comme à mon habitude, à la salle de sport. Dans mes oreilles, les beats de la musique urbaine avait laissé place depuis quelques mois à des conférences diverses sur YouTube. Je m’exerçai puis rentrai à la maison. Ma rentrée à l’université avait eu lieu la veille, j’y retournais d’ailleurs ce jour-là. Au moment de choisir mes vêtements, j’ai enfilé l’ample palazzo noir qui m’avait servi tout l’été, une chemise, la plus large que j’avais, et j’ai couvert mes cheveux d’un foulard. J’ignorais l’existence des bonnets qui servent à couvrir les cheveux avant de jeter un long foulard sur la tête qui se déploie ensuite jusqu’au-dessous de la poitrine. J’ai fait comme je pouvais. J’avais un foulard à frange certes, mais c’était la première fois que j’acceptais de m’habiller en musulmane. J’avais franchi le Rubicon, enfin ! 

Comment je me suis sentie après cet évènement spécial ? Une fanfare dans ma tête pour m’accompagner sur mon trajet ? Un sentiment de satisfaction infini après tant de spéculations intérieures ? Non, rien de tout cela ! J’étais simplement sortie pour aller à la fac. J’avais été précautionneuse pour arriver à l’heure, je ne souhaitais pas que mon retard soit associé à mon image de femme musulmane. J’avais choisi d’assumer une nouvelle visibilité publique et je prenais mon rôle très à coeur. Aujourd’hui, cette motivation n’a pas bougé d’un iota, al hamdouliLah. Elle s’est même précisée ! 

Dans cet article, je voudrais vous parler du hijab imaginaire. C’est celui qu’on intellectualise tellement, qui nourrit de longues périodes d’angoisse et des pensées si pessimistes qu’il nous voile le véritable hijab. Le hijab imaginaire c’est celui qui nous fait dire : « je ne suis pas prête à passer le cap » , «  comment faire pour mes études ? » , « comment faire pour le travail ? , « je vais être laide et ressembler à un sac ! » , « comment me marier si je ne peux pas montrer que je suis jolie ? » etc. C’est aussi celui qui fait peur parce qu’il cristallise polémiques et violence symbolique. « Je risque de me faire agresser ! » entend-on parfois.

À en parler ainsi, on fait du hijab un fardeau. On nourrit le hijab imaginaire pour un faire un monstre de fausses croyances et de pensées négatives. Plutôt qu’un habit de pudeur qui sublime nos attributs féminins, on en fait une charge insupportable que les femmes devraient assumer au péril de leur vie et de leur épanouissement personnel. J’ai souffert du hijab-imaginaire, une illusion aussi cruelle que des boulets attachés à ma cheville. Aujourd’hui, je me demande comment se fait-il qu’on ne m’ait jamais parlé de l’intelligence et de la beauté du hijab ! Une obligation de l’islam qui nous élève en tant qu’individu, magnifie nos personnalités uniques, pacifie les échanges dans l’espace public et contribue à enrichir nos vies intérieures. Les bienfaits sont si nombreux que je pourrais disserter sur de nombreuses pages !

L’illusion du hijab imaginaire fait dire aux femmes qu’il y a un cap. Qu’il faut y aller par étape. Ce sont ces boulets aux chevilles qui font des discours négationnistes du hijab une mélodie si douce pour les oreilles. Un pansement sur un coeur qui saigne. Un coup fatal sur nos saines aspirations à la pudeur. 

La révolution sexuelle au XXème siècle accompagnée des diverses vagues de féminisme ont corrompu la féminité. Nos mentalités portent la trace de discours sur l’égalité des sexes, les pseudo-privilèges masculins, le patriarcat assassin, l’épanouissement personnel au détriment de la vie de famille, la liberté contre la pression sociale etc. La conséquence, c’est qu’un monde si confus sur le plan des valeurs et de la morale ne sait plus apprécier la pudeur et ses vertus. On manque de vision et nos coeurs sont faibles ! 

Le hijab est une obligation et comme toutes les obligations en islam il n’est un fardeau que pour les coeurs malades ou les hypocrites. Qu’ الله nous préserve d’être comptés parmi ceux-là. Certains ne savent pas apprécier la saveur de la prière, c’est qu’ils ont en eux des ambiguïtés ou des traces d’hypocrisie. De la même façon, certaines ne savent pas apprécier la valeur du hijab, c’est qu’elles ont en elles des ambiguïtés qui les empêchent de gouter au bonheur de la pudeur. Cet état les rend perméables au discours féministe et aux tentations de la mode et autres industries qui capitalisent sur le corps de la femme. 

Le hijab m’a libéré de maux que j’appelais liberté : mode, cosmétique, régime, coiffure etc. Il m’a appris à envisager mon corps de femme avec bienveillance et me permet de le soustraire des griffes de ceux qui s’organisent pour le contrôler à ma place ! Je me suis ainsi débarrassée d’une charge mentale insupportable et j’ai commencé à y voir plus clair. Une nouvelle vision s’est offerte à moi. J’ai compris que le hijab ne me concernait pas seulement en tant qu’individu mais qu’il avait une intelligence sociale. Par lui, je me soustrais du regard des gens et j’ai appris à marcher librement dans la rue, à ne plus exister par mon apparence mais par les missions que je veux accomplir. Le hijab me rend capable de me concentrer sur ce qui importe vraiment et j’en deviens plus empathique à l’égard des autres. Je suis en paix avec moi-même et c’est ainsi que je peux oeuvrer pour apporter un peu de paix à autrui, ou au moins le souhaiter sincèrement. Quand on est obnubilé par l’image de soi alors on ne sait plus s’intéresser aux autres. On ne peut apprendre à entendre les coeurs.

Je m’empêche d’en écrire davantage mais je vous promets de poursuivre mes efforts pour parler avec intelligence et beauté du hijab in chaa الله. Retenez qu’il n’y a pas de cap à franchir pour obéir à الله et qu’IL ﷻ nous facilite toujours les bonnes oeuvres. Le cap est un hijab imaginaire. Le véritable hijab n’est que facilité et évidence. Mon dernier conseil sera de travailler votre vision. Notre horizon est brouillé par les idéologies modernes et les arnaques médiatiques, la vision islamique est méconnue. Rapprochez-vous des personnes qui peuvent vous la transmettre par la grâce d’ الله et éloignez-vous des fausses croyances. 

Qu’ الله vous préserve. 

À mes coeurs connectés, 

Inès